
"C'est un frère", disait de lui l'un d'entre nous. Même
s'il n'apparaissait que de manière espacée, Yvon montrait effectivement
toujours une présence amicale, faisait preuve d'une gentillesse discrète et
tenace, sans jamais déballer idées ou jugements politiques, ni rancœurs, ni
propos désobligeants à l'égard de quiconque.
Il arrivait au débotté, refaisait miraculeusement tourner le
moteur d'essuie-glace que vous croyiez fichu, déshabillait en un clin d'œil
votre portière, et le remonte-vitre acceptait docilement de fonctionner. Avec
le même soin qu'il adoptait pour la sienne, il démontait méticuleusement votre
moto et vous la remontait à petites giclées de burette après avoir tout
astiqué; et ça pétaradait de nouveau. Et puis il repartait après un apéro, une
soupe et une bonne discussion, ayant enfourché son deux-roues comme un
destrier, chargé de son fourbi d'outils qui l'accompagnait toujours. Il
repartait vers son plessis de Puyloubier, parfois par des nuits mouillées ou
gelées, cuirassé de plusieurs couches de vêtements.

Totalement autodidacte, il aimait les magazines
scientifiques, d'astronomie surtout. Par ciel nocturne limpide au col des
Portes, il savait démêler du fouillis d'étoiles bien des constellations, et
déterminer la planète plantée là.
Sur la route, c'est lui qui quittait sa monture pour en
déblayer le caillou ou la branche qui l'encombrait. A Saint-Antonin, c'est à
lui que les propriétaires confiaient leurs clefs lors de leurs absences
prolongées. Bâtiments et jardins étaient alors en bonnes mains. Yvon avait la
noble simplicité du cantonnier qui aime et connaît son territoire sans en
posséder un seul arpent.
Mais, entre cette dernière Toussaint et le jour de la fête
des Défunts, discrètement, très inopinément, Yvon est parti vers d'autres
espaces, d'autres paysages. La D 17, les pierriers et chemins de la Sainte
gardent en eux son souvenir. Nous aussi qui le connaissions, car nous aimions
vraiment Yvon.
Merci pour cet hommage.
RépondreSupprimerPour avoir partagé des kilomètres en compagnie d'Yvon il y a bien longtemps, partagé des discussions sur les Kreidler, sur le gouffre du Garagaï, pour la simplicité de ces moments passés, je referais bien le chemin en sa compagnie.
Pierre